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Depuis plusieurs décennies, Yamaha explore les solutions visant à simplifier la conduite moto. Dès 2006, la marque introduit le système YCC-S sur la FJR1300, une première approche de boîte robotisée. En 2024, cette démarche évolue avec l’arrivée de la transmission Y-AMT, une solution qui conserve une base mécanique classique tout en automatisant l’embrayage et la sélection des rapports grâce à des actionneurs électromécaniques.
Yamaha et l’automatisation : une stratégie progressive sur le marché moto
Contrairement à l’embrayage automatique E-Clutch développée par Honda, Yamaha fait le choix d’un système plus proche de la mécanique traditionnelle. L’introduction de cette technologie sur un modèle dynamique comme la Yamaha MT-09 traduit une volonté de démocratiser l’automatisation sur des motos à vocation sportive. Dans sa version A2, cette évolution technique se confronte toutefois à une contrainte réglementaire majeure, avec un bridage à 47,5 chevaux qui transforme en profondeur le comportement global de la machine.
Yamaha MT-09 Y-AMT A2 : un roadster au design radical et bien équipé
Visuellement, la MT-09 Y-AMT ne se distingue quasiment pas de la version standard. Elle conserve le style “Dark Side of Japan” avec son optique LED minimaliste, ses lignes tendues et sa silhouette compacte qui renforce son identité agressive. Yamaha a volontairement choisi la discrétion en n’ajoutant aucun marquage spécifique à cette version automatisée.
L’intégration du système Y-AMT se remarque principalement au niveau du poste de pilotage. Le commodo gauche accueille des commandes supplémentaires sous forme de gâchettes permettant de monter ou descendre les rapports, tandis que le levier d’embrayage et le sélecteur disparaissent totalement. Le pilote peut également choisir entre un mode automatique, décliné en D et D+, et un mode manuel séquentiel.
La base technique reste identique avec le moteur trois cylindres CP3 de 889 cm³, capable de développer 119 chevaux et 93 Nm dans sa version libre. En configuration A2, la puissance est limitée à 47,5 chevaux, ce qui modifie sensiblement les performances. L’ensemble affiche un poids de 196 kg et repose sur une électronique complète incluant une centrale inertielle, plusieurs modes moteur et un écran TFT de cinq pouces. Le tarif débute à 11 199 euros (version A2), incluant cette transmission semi-automatique.
Ergonomie et position : une prise en main facilitée mais déroutante
La principale évolution concerne l’ergonomie de conduite. La suppression du levier d’embrayage et du sélecteur modifie profondément les habitudes du pilote. La gestion des rapports se fait exclusivement à la main gauche via des palettes, tandis que le pied gauche n’intervient plus du tout.
La position de conduite reste fidèle à l’esprit roadster, avec un buste légèrement incliné vers l’avant, un guidon large et une selle accessible perchée 825 mm du sol. Cette configuration assure une prise en main rapide et intuitive, notamment pour les utilisateurs novices ou en milieu urbain.
Dans les faits, cette ergonomie simplifie clairement la conduite en ville. Les démarrages deviennent plus naturels et la gestion de l’embrayage disparaît totalement, ce qui réduit la fatigue dans les embouteillages. En revanche, lors d’une conduite plus engagée, l’absence de sélecteur peut déstabiliser. Le réflexe du pied gauche subsiste et les commandes au guidon demandent un temps d’adaptation pour devenir réellement naturelles.
Sur route : une MT-09 A2 efficace mais largement édulcorée
Sur route, le premier élément marquant reste le comportement du moteur. Le bloc CP3 est habituellement reconnu pour son caractère explosif, sa disponibilité et ses montées en régime franches. Dans cette version A2, ces qualités sont fortement atténuées par le bridage. Les accélérations apparaissent plus linéaires et moins intenses, et la personnalité moteur se montre nettement plus sage.
Le constat est clair : la MT-09 Y-AMT A2 manque de caractère par rapport à la version full. Là où cette dernière se distingue par son tempérament joueur et nerveux, la version bridée propose une expérience plus lisse, parfois même frustrante pour les pilotes en quête de sensations.
La boîte Y-AMT se révèle en revanche particulièrement pertinente en usage urbain et périurbain. En mode automatique, elle gère efficacement les changements de rapports et facilite la conduite dans les environnements contraints. Le mode D privilégie la douceur, tandis que le mode D+ offre davantage de réactivité. Cette gestion électronique permet d’exploiter au mieux le moteur malgré ses limitations.
Sur route sinueuse, les limites apparaissent plus nettement. Le mode automatique manque parfois d’anticipation, notamment lors des rétrogradages, ce qui peut nuire au rythme de conduite. Le mode manuel devient alors indispensable pour conserver un certain contrôle. Même si les passages de rapports sont rapides et globalement efficaces, l’ensemble manque de naturel pour une utilisation sportive.
La partie-cycle reste en revanche inchangée et conserve toutes ses qualités. Le châssis se montre rigoureux, les suspensions assurent un bon compromis entre confort et efficacité, et le freinage reste puissant et bien dosé. La moto conserve ainsi une excellente maniabilité et une bonne précision du train avant, ce qui permet de maintenir un niveau d’efficacité élevé malgré le manque de puissance.
Conclusion : une MT-09 Y-AMT A2 pertinente
La Yamaha MT-09 Y-AMT en version A2 propose une approche intéressante en combinant innovation technologique et accessibilité. Elle facilite clairement la conduite au quotidien et apporte un réel confort en milieu urbain grâce à sa transmission semi-automatique.
Cependant, cette version souffre d’un manque évident de caractère moteur lié au bridage A2. L’ADN sportif du modèle s’en trouve largement atténué, ce qui peut décevoir les amateurs de sensations fortes. À cela s’ajoute une ergonomie qui, malgré ses avantages, demande un temps d’adaptation et montre ses limites en conduite dynamique.
Proposée à 11 199 euros, la MT-09 Y-AMT A2 s’adresse avant tout aux jeunes permis recherchant une moto moderne, accessible et facile à prendre en main. Pour les autres, et notamment ceux qui connaissent la version full, elle apparaît comme une déclinaison nettement édulcorée, éloignée du tempérament explosif qui fait la réputation du modèle.



