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Le speedbike convainc difficilement les Français

Le speedbike convainc difficilement les Français

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Le speed bike est-il réellement un moyen de déplacement plein de promesses ? Difficile de prédire l’avenir de ce VGV ou vélo à grande vitesses en cette période perturbée. Sévèrement encadré par la réglementation il est assimilé à un cyclomoteur, et son prix est proche d’une voiture d’occasion. Pourtant Moustache relève le défi avec la sortie de son nouveau Friday 27FS Speed.

Les speed bikes sont en quelque sorte des super vélos, des « spads » qui vous propulsent à près de 50 km/h en parfaite conformité avec la réglementation, pour un effort minimum sur les pédales. Sympa le vélo, non… ? Sauf que… le speed bike est assujetti aux mêmes obligations qu’un cyclomoteur :

  • Avoir un permis de conduire ‘A, B ou AL (ex BSR pour les jeunes à partir de 14 ans)
  • Port d’un casque et des gants homologués moto
  • Assurance du véhicule
  • Interdiction de poser un siège bébé ou d’atteler une remorque.

Et pour couronner toutes ces obligations, interdiction de rouler sur les pistes cyclables et forestières. Enfin, ce type d’engin ne peut pas bénéficier de la prime de l’Etat (bonus vélo à assistance électrique). Bref, le speed bike n’est plus un vélo mais bien un cyclomoteur à pédales qui ne pollue pas.

Et justement, le speed bike s’adresse à tous ceux qui préfèrent laisser la voiture au garage et qui par conviction ne veulent plus polluer l’atmosphère lors de leur trajet quotidien domicile-travail. Donc, non au scooter à moteur thermique, et non à la cohue dans les transports publics. Ces mêmes individus ne succomberont pas non plus à la voiture électrique, qui forcément constitue pour nombre de ménages la deuxième ou troisième voiture à laquelle il faut trouver un emplacement de parking avec des coûts d’entretien et d’assurance bien supérieurs à ceux d’un speed bike (1).

Mais quel est donc alors l’intérêt de rouler sur un speed bike (dénommés aussi speedelec) si les contraintes sont identiques à celles d’un cyclomoteur et si son coût d’acquisition est bien souvent supérieur à celui d’un scooter ?

Sur le papier aucun, sinon son poids et son encombrement inférieurs aux autres deux-roues motorisés. Acquérir un speed bike demande en conséquence un sacré tempérament écologiste et sportif, car malgré tout il faut pédaler pour actionner le moteur électrique (même si certains modèles disposent d’un accélérateur au guidon).

Autant de critères qui réduisent le nombre potentiel d’acquéreurs. Selon un rapport du bureau de recherche 6T « Marché et usages des speedelecs » de 2019, publié par l’Ademe, le type d’utilisateur est majoritairement un homme entre 40 ans et l’âge de la retraite, plus éduqué que la moyenne, et appartenant à des catégories sociales favorisées. Il habite le plus souvent dans une grande ville ou en périphérie, et effectue majoritairement des trajets interurbains (domicile-travail) avec une distance journalière d’une quinzaine de kilomètres.

En conséquence le speedelec constitue pour beaucoup de constructeurs de vélos un marché de niche, soit à peine 15000 unités par an (contre 388 000 de vélos à assistance électriques vendus en 2019). Beaucoup d’entre eux n’ont pas voulu se lancer dans l’aventure face à une rentabilité incertaine, laissant la place à des petits fabricants et importateurs. Néanmoins Moustache, un des leaders français du vélo électrique s’est risqué à étoffer sa gamme avec le tout nouveau Friday 27FS Speed. Hyper équipé : motorisation Bosch Performance Line Speed, batterie interne de 625 Wh (+ batterie externe de 500 Wh pour le modèle Dual), compteur Bosch Nyon avec GPS intégré , transmission Shimano 11 vitesses, freinage hydraulique Magura…. Bref que du beau et du bon matos, le tout accessible à partir de 6299 euros. Le prix d’une petite voiture d’occasion (tout de même !) ! Ce speed bike a été tout spécialement étudié pour un usage urbain, d’où le choix des roues de 27,5 pouces, lui offrant une plus grande agilité, un sérieux atout pour se faufiler entre les voitures dans les embouteillages.

En se lançant dans la commercialisation de ce speed bike, nul doute que le constructeur vosgien ne compte pas que sur le marché français encore atone. Au-delà de nos frontières, les marchés belge, suisse, allemand et hollandais sont bien plus matures pour le développement du speed bike. Mais à force d’équiper ces engins pour leur offrir le maximum de sécurité et de performance, ne réinvente-t-on pas la mob des années 70 qui s’est électrifiée au fil du temps ?

(1) Selon un rapport du bureau de recherche 6T « Marché et usages des speedelecs » de 2019, publié par l’Ademe, le coût de la mobilité en voiture est trois à cinq fois supérieur à celui du speedelec pour un même usage