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Rupture de pièces détachées vélos, le contrecoup de la crise sanitaire

Rupture de pièces détachées vélos, le contrecoup de la crise sanitaire

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Depuis quelques mois les pièces détachées de vélos sont devenues monnaie rare aussi bien chez les détaillants de vélos que sur les plates-formes internet. Une situation paradoxale alors que la demande en vélos et de réparations n’a jamais été aussi forte.

Plusieurs raisons expliquent cette pénurie chez l’ensemble des fournisseurs. Point de départ de cette situation, la crise du covid 19 et l’engouement soudain des Français pour la bicyclette. D’autant que les dernières dispositions gouvernementales ont accru un peu plus cette crise (primes à l’achat d’un VAE et à la réparation). Shimano, principal fournisseur de pièces détachées pour les vélos à travers le monde a durement été affecté par les conséquences de la pandémie. L’importante et soudaine demande partout dans le monde et en particulier en Europe a amené ses systèmes informatiques à ses limites. De plus, la pénurie de containers et le nombre insuffisant de navires affectent les délais de transport depuis l’Asie. Forcément, les constructeurs de vélos subissent le contre coup de ce retard. Rappelons que Shimano fournit plus de 50% des pièces qui équipent les vélos à travers le monde qu’il s’agisse des cassettes, chaînes, pédaliers, câbles, gaines ou des moteurs électriques pour les VAE.

La crise que subit le géant japonais perturbe ainsi toute la chaîne de distribution de la pièce détachée pour la rechange et la première monte. Tel un jeu de dominos, les autres équipementiers du plus petit au plus grand sont forcément touchés : l’américain Sram (propriétaire aussi des marques Truvativ pour les transmissions, Rock Shox pour les systèmes de suspension, Avid pour les dispositifs de freinage…), Sunrace, KMC, FSA, ainsi que les nombreux manufacturiers de pneumatiques (Michelin, Continental, Schwalbe, Hutchinson…). La course aux pièces détachées est devenue le jeu quotidien des détaillants vélos. La première monte étant un peu prioritaire, c’est forcément la rechange qui va devoir attendre un peu plus.

D’ailleurs pour éviter de bloquer la livraison de certains de leurs modèles, des constructeurs de vélos font l’impasse sur le montage de tel ou tel composant haut de gamme (le plus souvent en carbone), spécifié sur le catalogue, pour le remplacer par un autre. Ils s’engagent à le remplacer par la suite dès la reprise du cours normal des livraisons… C’est-à-dire pas avant 2022 ! Car cette situation est si ubuesque que des constructeurs de vélos ont fait le deuil de leur gamme 2021 pour se mettre à l’ouvrage sur celle de 2022.

En corolaire de cette crise, ces mêmes constructeurs annoncent une augmentation des coûts logistiques de la part de leurs fournisseurs asiatiques qui dans certains cas sont huit fois plus élevés ! Ne serait-il pas temps de revoir notre politique industrielle de la pièce détachée de vélos, alors que la France en a été l’un des plus grands fabricants mondiaux ? Assembler des vélos dans l’Hexagone, comme le font Arcade (Nantes), Intersport (Machecoul), Lapierre (Dijon) et Cycleurope (Gitane, Peugeot) ne suffit pas. Les derniers industriels français se comptent sur le doigt de la main. Produire toujours moins cher et plus loin finit par coûter de plus en plus cher.

Texte : François Moutou